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Une référence arrêtée prend-elle de la valeur ? Exemples et conditions

Nautilus 5711, Submariner « Hulk » et « Kermit », Milgauss, Explorer II 216570, Royal Oak 15400 : ce que l'arrêt de production a réellement fait à leur cote, les quatre conditions qui font monter une référence arrêtée, et le piège des annonces « discontinued ».

Marché · · 9 min de lecture

« Discontinued » : le mot revient dans des milliers d'annonces, comme s'il suffisait à justifier un prix. L'idée est simple et séduisante : la marque ne fabrique plus la montre, l'offre se tarit, donc le prix monte. Elle est parfois vraie, souvent fausse, et presque toujours incomplète. Les exemples des quinze dernières années permettent de séparer ce qui relève de la règle de ce qui relève de l'exception. Voici ce que l'arrêt de production a réellement fait à la cote de sept références connues, et les conditions qui font la différence.

Ce que l'on appelle une référence arrêtée

Une référence arrêtée est une version que la marque a retirée de son catalogue. La nuance compte : c'est la référence qui s'arrête, pas forcément le modèle. Quand Rolex remplace une Submariner par une autre Submariner, le nom continue, la référence change. Quand Rolex retire la Milgauss, c'est la famille entière qui disparaît. Ces deux situations n'ont pas du tout le même effet sur le marché.

Entre les deux existent des cas intermédiaires : la référence de transition, produite brièvement entre deux générations et qui en mélange les caractéristiques, ou la variante de cadran, où seule une couleur ou une typographie disparaît. Avant de parler de valeur, il faut donc savoir précisément ce qui s'est arrêté, et ce qui l'a remplacé. Notre article sur les références arrêtées hors Rolex en 2025-2026 montre que la plupart des retraits récents sont de simples changements de cadran.

Sept exemples, sept trajectoires

Le tableau rapproche des références arrêtées bien documentées et leur fourchette d'occasion en 2026. Les fourchettes correspondent au cœur des annonces que nous relevons (revendeurs et particuliers, montres en bon état), à mi-octobre 2026.

RéférenceProductionRemplaçanteFourchette 2026 (nos relevés)Ce que l'arrêt a fait
Patek Philippe Nautilus 5711/1A-0102006 à 2021aucune en acier100 000 à 125 000 €envolée à l'annonce, puis correction ; reste loin au-dessus du prix public
Rolex Submariner 116610LV « Hulk »2010 à 2020126610LV, cadran noir17 200 à 20 500 €prime durable sur la remplaçante (13 400 à 14 900 €)
Rolex Submariner 16610LV « Kermit »2003 à 2010116610LV, cadran vert12 900 à 15 200 €prime nette sur la 16610 noire (8 700 à 12 000 €)
Rolex Submariner 14060 / 14060M1990 à 2012114060 puis 1240608 100 à 10 700 €aucune prime : sous la 124060 actuelle (11 400 à 12 300 €)
Rolex Milgauss 116400GV2007 à 2023aucune9 800 à 13 400 € selon le cadranintérêt accru, sans envolée
Rolex Explorer II 2165702011 à 202122657011 600 à 12 500 € chez les revendeurspas de prime sur la remplaçante
Audemars Piguet Royal Oak 15400ST2012 à 201915500ST puis 15510ST30 900 à 32 300 €sous la génération suivante (vers 41 000 à 46 000 €)

Sur sept références, trois seulement affichent une prime claire liée à leur arrêt. Les quatre autres se négocient au niveau, ou en dessous, de ce qui les a remplacées.

Ceux qui ont monté : 5711, Hulk, Kermit

La Nautilus 5711/1A-010 est le cas que tout le monde cite. Patek Philippe a annoncé son arrêt en janvier 2021, sans successeur en acier ; la cote, déjà très au-dessus d'un prix public d'environ 31 000 €, s'est envolée, avant une correction sévère à partir de 2022. Elle reste aujourd'hui entre trois et quatre fois son dernier prix public selon nos relevés. Mais l'essentiel de la prime existait avant l'arrêt : la montre était introuvable en boutique depuis des années. Le détail figure dans notre cote du Nautilus 5711 et 5811.

La Submariner « Hulk » 116610LV illustre la deuxième condition : une remplaçante différente. Sa successeure, la 126610LV, garde la lunette verte mais adopte un cadran noir. L'association cadran et lunette verts n'existe donc plus en production, et la Hulk garde une clientèle propre, avec une prime d'environ 30 % sur sa remplaçante en valeur médiane dans nos relevés.

La Submariner « Kermit » 16610LV, première Submariner à lunette verte, lancée pour les 50 ans du modèle, a été produite environ sept ans. Elle se négocie nettement au-dessus de la 16610 noire contemporaine. Les collectionneurs y distinguent même plusieurs variantes de lunette selon l'année, dont la première, dite « Flat 4 », est la plus recherchée : sur ce type de montre, la variante compte autant que la référence.

Ceux qui n'ont pas monté : 14060, 216570, 15400

La Submariner 14060 sans date a été produite plus de vingt ans, en très grand nombre. Son arrêt n'a créé aucune rareté : l'offre d'occasion est abondante, et elle se négocie aujourd'hui sous la 124060 actuelle. Notre cote de la Submariner le montre référence par référence.

L'Explorer II 216570 a été remplacée en 2021 par une 226570 presque identique d'apparence, mais au calibre 3285 offrant 70 heures de réserve de marche contre 48. Quand le successeur ressemble à l'ancienne et fait mieux, l'acheteur rationnel prend le neuf : la 216570 ne bénéficie d'aucune prime, comme nous le détaillons dans notre comparatif des Explorer II.

Le Royal Oak 15400 suit la même logique. Remplacé en 2019 par le 15500, au calibre plus moderne, il est devenu l'entrée de gamme du Royal Oak 41 mm d'occasion, environ 10 000 € sous ses successeurs. Notre cote du Royal Oak détaille l'écart.

Le cas à part : la Milgauss

La Milgauss est retirée en 2023 sans remplaçante : c'est la configuration la plus favorable, sur le papier. Pourtant, sa cote a progressé sans s'envoler. La raison tient à la demande : la Milgauss s'obtenait en boutique bien plus facilement que les Submariner ou les GMT-Master II avant son arrêt, et une montre qu'on obtenait facilement neuve ne devient pas introuvable du jour au lendemain. Le cadran Z-Blue tire son épingle du jeu, les versions à verre incolore restent les plus accessibles. Notre cote de la Milgauss les détaille.

Les quatre conditions d'une hausse

De ces exemples se dégagent quatre conditions, qui se cumulent plus qu'elles ne se remplacent :

  1. Une demande supérieure à l'offre avant l'arrêt. Les références qui montent se vendaient déjà avec une prime sur le prix public. Un arrêt amplifie une tension existante ; il ne la crée pas.
  2. Une remplaçante nettement différente, ou aucune. Couleur, taille, esprit : si la nouvelle génération ne propose plus ce qui faisait l'attrait de l'ancienne, celle-ci garde sa clientèle. Si elle propose la même chose en mieux, l'ancienne décote.
  3. Une production courte ou limitée. Sept ans pour la Kermit contre plus de vingt pour la 14060. La durée de production et le volume font la rareté réelle, pas la date d'arrêt.
  4. Un exemplaire irréprochable. Une référence recherchée en mauvais état, polie à l'excès ou recomposée ne profite pas de la prime. L'originalité du cadran compte : un cadran de service posé lors d'une révision ôte une part de la valeur sur une référence de collection.

Le full set, enfin, pèse plus lourd sur une référence arrêtée que sur une montre en production : la carte de garantie est l'une des seules façons de dater un exemplaire depuis l'adoption du numéro de série aléatoire par Rolex vers 2010. Notre article sur le box and papers chiffre cet écart.

Les annonces « discontinued » : comment les lire

Dans nos relevés, la mention apparaît partout : sur des Milgauss, des Explorer II, des Submariner arrêtées depuis quinze ans, et même sur des références encore produites. Une annonce titrait « la Rolex dont tout le monde se moquait… jusqu'à ce qu'elle soit arrêtée ». C'est un argument commercial, pas une information.

Avant de payer une prime au nom de l'arrêt, vérifiez trois choses :

  • La date réelle de l'arrêt et ce qui a remplacé la montre. La fiche de la marque, le catalogue officiel ou notre fiche modèle suffisent.
  • Le prix des exemplaires comparables, et non le prix demandé le plus haut. Une annonce n'est pas une vente.
  • L'écart avec la remplaçante. Si la nouvelle génération se vend au même prix ou moins cher, la prime demandée n'a pas de fondement.

Côté vendeur, l'annonce d'un arrêt est souvent un bon moment pour céder une référence très demandée, comme nous l'expliquions à propos de la GMT-Master II « Pepsi » dans notre bilan des nouveautés Rolex 2026. Côté acheteur, les premières semaines qui suivent un retrait sont les plus chères.

En résumé

Une référence arrêtée ne prend pas de valeur parce qu'elle est arrêtée. Elle en prend quand elle était déjà demandée, quand rien ne la remplace vraiment, quand elle a été produite peu de temps et quand l'exemplaire est complet et d'origine. Les autres se négocient comme des montres d'occasion ordinaires, parfois sous leur remplaçante. Ce constat rejoint celui de notre analyse de la rétention de valeur et des tendances du marché en 2026 : il n'y a pas de règle automatique, seulement des conditions. Pour savoir ce que vaut réellement votre exemplaire, calculez sa cote : la référence, l'année, l'état et les accessoires suffisent.

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